Le chemin du thérapeute
De la volonté de puissance au
gemeinschaftgefühl
Mr
Yannick Le Jan
Alfred
Adler Ile de France Institute
5
passage Gambetta
PARIS,
75020, FRANCE
Phone:
01 40 31 02 17
e mail:
yannick.lejan@psy-adler.net
« Borné dans sa nature, infini dans
ses vœux, l’homme est un Dieu tombé qui se souvent des cieux »
Chaque fois qu’il y a un être
vivant, il y a volonté de puissance affirme NIETSCHE. Volonté et
puissance sont le mouvement de la vie qui s’exprime à travers l’homme
par un élan vital « sous-tendant un idéal de perfection et d’adaptation
aux exigences cosmiques ».
La prise de conscience da la chute permet la mis en place d’une
dynamique compensatoire. A travers toute une vie le sentiment de
personnalité va évoluer du moi d’abord à moi et l’autre avec la
découverte de sa prématurité, puis à moi et les autres et la solidarité
qui correspondra à la maturité. Le troisième âge est l’accomplissement
du don et de l’être ensemble. Cette dernière période qui peut être celle
du gemeinschaftgefühl
Elle peut être le moment de
l’expérimentation de la vie dans toute sa complexité et sa richesse :
être un individu incarné et relié au tout.
Etre thérapeute, c’est simplement
être un homme relié. Dans ce parcours au fur et à mesure de son
évolution le thérapeute cheminera sur la ligne de crête entre la volonté
de puissance et le lâcher prise. A travers son chemin de vie le
thérapeute adlérien va expérimenter les différents concepts de la
théorie sur laquelle il s’appuie : les aperceptions et possibilités
d’adaptations erronées dans sa propre vie. La prise de conscience de la
souffrance en même temps signe de son inadaptation à son milieu et du
milieu à l’homme va lui permettre d’œuvrer dans le sens de son
individuation et dans le sens du progrès de l’humanité.
« Ce qui nous pousse pour avancer
dans la vie, pour nous débarrasser des erreurs de notre vie publique et
de notre propre personnalité. C’est le sentiment social opprimé » A.
Adler.
Education et "gemeinschaftgefül".
Fragilités psychiques et
inadaptations sociales vont de pair, chaque société secrète ses maux.
Le sens du progrès technique nous
incite à avoir toujours plus sur le plan matériel. Le sens du progrès
social et spirituel devrait nous inciter également à être toujours plus
conscients de nos responsabilités vis à vis de la communauté.
Cette attitude individuelle est
très importante pour la construction du "geselshaft" nécessaire à
l’évolution du « gemeinshaftgefül ». Notre société évoluant très
rapidement, les lois doivent en même temps protéger et responsabiliser
les individus.
Dans mon exposé sur les rapports
entre éducation et « gemeinshaftgefül », je ferai référence aux jeunes
des banlieues de la région parisienne que je fréquente chaque jour et
qui pour certains d’entre eux sont en très grande difficulté mais qui
ont encore le choix du sens de leur vie.
Nous aborderons successivement :
A. La situation des jeunes et les formes de violence qu’ils
subissent (Violences familiales, scolaires, sociétales.)
B. La spécificité du style de vie en milieu hostile.
C. Intervention du "gemenschagefühl"
La loi contre les exclusions du 29
juillet 1998 ; les moyens de leur éducation et insertion.
D. Nous terminerons par le parcours
en « Mobilisation » de monsieur C. et par exemple vécu du
« gemeinschaftgefül ».
Le style de vie
s’étudie à partir des caractéristiques physiques de l’enfant, de
l’influence du milieu environnant (évènements individuels et singuliers
normaux ou pathologique, évènements collectifs)
La conquête d’une identité mature
est difficile car elle met en oeuvre trois critères :
Un critère de permanence, capacité
à se projeter dans l’avenir et à élaborer un projet de vie.
Un critère de cohérence qui permet
de porter sur soi un regard qui ne soit pas modifié par des aperceptions
trop importantes, influencées par l’émotion, la confusion, l’insécurité.
Un critère de singularité, être
capable de se découvrir unique et de s’engager dans une relation, sans
se sentir menacé.
Avec l’abandon de la pensée
magique, la pensée logique et technique au sens cartésien a permis aux
hommes d’avoir plus de pouvoir sur le réel. En sciences humaines elle
nous a permis de nous faire découvrir la « complexité » qui doit
prendre en compte « l’aléatoire », histoire du sujet, son désir, son
intentionnalité, l’hétérogénéité de la réalité observée. Edgar MORIN
parle de bio-anthropo-social.
Cette complexité exige un organe
psychique performant ayant des capacités d’analyse, de synthèse, de
symbolisation et ayant une grande tolérance au paradoxe.
Elle exige du sujet de sortir de la
toute puissance illusoire qui occulte les conséquences réelles de l’acte
pour rentrer dans sa puissance, c'est-à-dire dans la prise de conscience
de sa capacité à agir d’une manière constructive ou destructive.
Les personnes en difficulté
vivent inconsciemment cette angoisse de la destruction, à travers
« l’impuissance » et « l’aliénation ». Leur espace intérieur et les
possibilités de se projeter favorablement dans l’avenir s’amenuisent de
plus en plus.
Notre monde, privé de
perspective donnant du sens, met en évidence un relâchement
du lien social et du sentiment communautaire. « Chacun pour soi et dieu
pour tous ». Mais quels Dieux ?
En octobre 1999 le professeur
Pélicier, professeur de psychiatrie à l’hôpital Necker à Paris, décédé
depuis disait :
« Dans les jours qui viennent, ce
sont les milieux qui seront plus malades que les individus… Je suis
inquiet de ce qui se passe dans les banlieues. Dans un pays comme la
France, des zones entières où la pègre fait la loi et entraîne dans son
sillage des gens qui n’y étaient pas destinés. »
« Si j‘avais à travailler sur
l’orientation d’une pensée comme celle d’Adler, l’un des points forts
serait de savoir ce qu’on peut faire compte tenu d’un certain état
hostile… Que pourrait-on faire dans un milieu hostile au point de vue
social, relationnel et quelle est la réflexion sur les styles de vie
convenable dans ce type de circonstance ? »
Pour A Adler, le sens social
doit s’exercer pour être efficace et permettre à la créativité
humaine de trouver les solutions adaptées à l’environnement.
L’exclusion
peut se définir par la précarité des conditions de vie, la
faiblesse des liens avec l’environnement social, la distance vis-à-vis
des institutions.
Dans ces situations, violence et
domination sont au cœur même des rapports sociaux.
La violence est l’échec de
« l’agressivité au sens adlérien » qui vient mettre en relief
l’opposition entre le sentiment communautaire et l’aspiration déviée à
la supériorité et à la puissance d’un individu ou d’un groupe
particulier qui va édicter sa loi dans une logique privée, sans tenir
compte du bien de la communauté.
Dans ce contexte violences
familiales, scolaires et sociales s’additionnent, formant un tissu
inextricable, une somme d’expériences négatives qui influenceront
irrémédiablement le style de vie.
A. Violences familles et jeunes.
On sait que le style de vie est
essentiellement marqué par les réactions à toutes les influences
relationnelles et culturelles de la petite enfance
Les conditions de vie :
La pauvreté est produite par le
processus économique dysfonctionnel. Dans une société de plus en plus
riche comme la France qui glorifie la liberté, l’égalité, la fraternité
mais qui ne répartit pas les richesses.
L’habitat social
s’il devient une expression de la marginalisation peut être générateur
de violence.
Certains quartiers excentrés, mal
desservis par les transports en commun soulignent et alourdissent le
phénomène d’exclusion : manque de crèches, d’infrastructures sportives,
peu d’entreprises où travailler.
La solitude
Chômeurs de longue durée, rmistes,
suivis par l’aide sociale, mis sous tutelle etc. se retrouvent parfois
sans ressources, à l’hôtel, seuls ou en famille.
A l’autre bout, chez les
« bourgeois » ou dans « la haute », le rythme de travail, les
responsabilités, le désir de conserver ses privilèges, la vie mondaine
crée des familles fantômes où les membres ne se rencontrent plus, ne se
parlent plus, chacun est seul.
Les difficultés familiales :
Dans le « meurtre psychique » j’ai
parlé du désamour lorsque l’enfant est mis au service de la
Problématique familiale, il
sert de réceptacle à l’angoisse et à la violence que les adultes ne sont
pas capables de gérer. Les sévices familiaux sont parfois relayés
par une violence sociale.
Psychologie et comportement humain
sont étroitement liés au symbolisme social.
Les repères permettant de se
structurer et de lier affectivité et représentation. Ils se
construisent dans la relation aux autres, chacun ayant une place
dans la société qui transmet langage et culture.
La mise en place d’un cadre
technocratique et social de plus en plus performant a amplifié les
contradictions. Les pouvoirs publics ont le plus souvent une approche
socio-économique et une recherche de résultats immédiats et tangibles au
détriment des désirs profonds des personnes.
Difficulté d’autonomisation pour
les jeunes
Aujourd’hui la jeunesse est
confrontée à une recherche d’autonomie que les conditions
sociales ne permettent pas.
L’écart
entre ce qui est attendu des jeunes en difficulté et ce qui leur
est possible de faire, la honte que génère l’image sociale
négative, l’injonction paradoxale de réussir là où les autres échouent
accumule les traumatismes et angoisses en rendant encore plus
difficile la compensation du sentiment d’infériorité.
Ces jeunes à l’adolescence auront
plus de risques de rupture, de pathologie du lien, d’incohérences
subjectives que ceux qui sont dans des familles plus équilibrées, plus
protectrices.
Cette autonomie est rendue
difficile pour plusieurs raisons.
La durée et le niveau des études
se sont allongés
L’accès des jeunes au travail
est devenu plus aléatoire, avec le chômage qui apparaît au
moment du passage à la vie adulte la technicité de plus en plus
grande.
Le chômage apparaît à un moment
charnière qui est le passage à la vie adulte où le jeune cherche à
construire ses propres repères.
Il n’est pas pris en charge
par l’assurance chômage et pas encore par le RMI (revenu minimum
d’insertion) qui est accordé à partir de 25 ans.
Dans ce contexte, les familles
sont fortement mises à contribution.
La maturité affective est devenue
plus précoce et l’accès au logement est presque impossible.
Actuellement la notion d’une
allocation d’autonomie pour les 16-25 ans est inscrite dans la
réflexion politique.( rapport au plan Charvet 2001), Réflexion et
Conseil économique et social (Brin 2001).
L’école
Les parents se font parfois
complices ou victimes de l’institution, le jugement scolaire
franchit les murs de l’école, s’introduit dans les maisons pour demander
des comptes. Le climat de la cour d’école ou de la sortie est
générateur d’anxiété dans les familles socialement adaptées et
qui craignent pour leurs enfants face au racket et aux
différentes intimidations.
La personne n’est plus respectée,
seuls les résultats comptent : obligation de réussite, moralité
nécessaire, pratique de la punition et de l’humiliation, désignation.
L’étayage ne se fait plus.
Le jeune passe de classe en classe sans en avoir le niveau ou est envoyé
sur des voies de garage.
L’école n’apporte plus à l’élève
l’accès à la justice, à la liberté de choix, la perspective d’avoir des
chances identiques entre élèves n’existe plus.
Il glisse peu à peu vers la
souffrance, l’angoisse et son corollaire la violence
contre l’institution.
Dans le domaine de la santé
publique une volonté de simplification et de pseudo rationalité
destinée à assurer une totale maîtrise se fait jour.
L’insuffisance des moyens face à
une demande qui explose particulièrement en hygiène mentale où
des listes d’attente donne priorité aux cas lourds au détriment de la
prévention chez les préadolescents et adolescents.
L’image du psy chez les jeunes et
dans les milieux défavorisés est négative.
Le traitement judiciaire.
Les sanctions peuvent être
différentes selon « que l’on est riche ou misérable ». Il est vrai que
les parents qui peuvent négocier avec les professeurs, les juges, les
travailleurs sociaux dont ils partagent les représentations sont les
plus à même de protéger leurs enfants de la judiciarisation tout en
conservant leur autorité.
B. La spécificité du style de vie
en milieu hostile.
La situation sociale et économique
intervient de façon importante dans la formation de la personnalité.
Lorsque les personnes entrent dans une souffrance qu’ils ne peuvent
plus cacher, ils adoptent alors des comportements qui dérangent.
La saine agressivité n’étant pas
régulée par le sentiment de communauté devient le jouet de la volonté de
puissance. L’action immédiate remplace la transaction, « l’autre
sujet » n’existe pas en tant que tel.
L’émergence d’états affectifs
dissociatifs amène les individus à des manifestations caractérielles
asociales de type agressif, à un surinvestissement de l’affectivité
amenant timidité, angoisse, survalorisation de soi, hypersensibilité
avec passages à l’acte fréquent.
Adolescents ou jeunes adultes
privilégient la culture de la force liée au coté négatif du
style de vie au service de leur économie affective.
La violence gratuite est
autodestructive, associée fréquemment à des accidents corporels,
toxicomanie, alcoolisation grave, ruptures à répétition, suicides. Elle
entraîne une contre violence en escalade de la part des autres
jeunes
La perte ou la mise en place d’un
idéal social et religieux crée des personnalités qui tournent à
vide continuellement étayées par des gourous ou des maîtres à penser
ignorants du sens de la loi. Il y a alors résurgence de systèmes
mafieux, chacun se débrouille pour assurer sa subsistance ou celle de
ses parents (il faut bien de bonnes raisons à défaut de courage) à la
mesure de ses besoins et de ses prétextes.
Pour eux le monde est dangereux,
le seul moyen de survivre est de prendre les armes (se révolter), de
devenir poète (le rap, la musique) ou d’être créatif (la mode).
Plutôt que de s’identifier à des
parents déficients, certains jeunes s’identifient au violent, à
l’agresseur idéalisé. « Ben Laden » était traité comme un héros, le
meilleur parce que « le plus fort »
Certaines orientations entre
justice et psychiatrie ressemblent plus à des situations de rejet
qu’à une recherche de solutions. On ne sait pas comment gérer la prise
en charge de certains adolescents
Pour en sortir, il faut éduquer et
guérir au niveau individuel et collectif.
C’est la rencontre éducative qui
est thérapeutique. Offrir une figure alternative, prête à participer aux
émotions du sujet, un encouragement se basant sur le démantèlement de
ses fictions profondes et le plaisir d’apprendre et de découvrir
ensemble. De plus un travail d’intériorité est nécessaire pour quitter
la position de victime ou de bourreau.
C. Le "geselshaft" : Au niveau collectif en France tout un réseau a été
mis en place :
L'ORGANISATION DU RESEAU
MISSIONS LOCALES pour l'insertion sociale et
professionnelle des jeunes
P.A.I.O Permanences d'Accueil, d'Information et d'Orientation.
Sur le plan juridique, les missions locales sont des associations créées
par des communes ou des groupements de communes. La présidence de
l'association est assurée par un élu d'une collectivité territoriale
participant au financement de la mission locale. Les instances
associatives regroupent les élus des collectivités territoriales, les
services de l'État, les partenaires économiques, sociaux et associatifs.
8.800 personnes travaillent dans le réseau.
Elles s’adressent aux jeunes de 16 à 25 ans sortis du système scolaire
sans qualification et sans contrat de travail ou d'apprentissage.
Proposent d'apporter une solution globale aux besoins de ces jeunes
(emploi, vie quotidienne, logement, santé,...) en les aidant à
construire un projet de vie et professionnel en relation avec des
partenaires externes et des actions adaptées.
Les actions mises en place par le conseil Régional avec les organismes
de formation se répartissent en trois catégories.
Découverte des Métiers
Les actions Pré Professionnelles
Les plateforme linguistique (français langue étrangère, illettrisme)
Les plates-formes de mobilisation
Destinées aux jeunes les plus en difficulté, elles regroupent plusieurs
associations qui proposent des accompagnements spécifiques pour une
durée de quatre mois en centre et deux mois en entreprise.
Le jeune est pris en charge globalement, pendant 900 heures (6
mois) après une période de deux semaines d’accueil, un contrat
d’objectif est mis en place pour l’aider à résoudre ses difficultés.
Le jeune est suivi par un référent qui est en contact avec l'ANPE, les
administrations de l'emploi et de l'action sociale, les établissements
scolaires, les centres d'information et d'orientation, le réseau
d'information jeunesse, les services de la protection judiciaire de la
jeunesse, les services des droits des femmes. les divers services des
communes, des conseils généraux, des conseils régionaux, les
organisations syndicales des employeurs et des salariés, les chambres
consulaires,
Elaboration du projet de vie et du projet professionnel. Aide à la
résolution des problèmes périphériques (santé, logement, dettes,
socialisation, vie quotidienne).
Découverte de l’entreprise par l’intermédiaire de visites d’entreprises,
intervention de professionnels, de stages spécifiques, de plateaux
techniques restauration, informatique mécanique auto, santé, bio
nettoyage, bâtiment, vente.
Actions de bilan, d'insertion. Mobilisation d'aides financières
ponctuelles, accès aux soins ou au logement.
Le parcours de C.
Responsable de l’association « Espace vie sociale », nous accueillons
des jeunes en difficulté sociale et psychique.
En 09-03-2002 Madame P. correspondante de la mission locale de V. ville
de la banlieue parisienne me fait parvenir une fiche de suivi concernant
le jeune C.C., elle écrit :
« je viens de recevoir C. pour la Nième fois, il est désespéré car il ne
trouve pas d’issue. Reconnu COTOREP pour un handicap physique (un doigt
raide). Il ne trouve aucune issue et m’inquiète beaucoup.
La COTOREP est l’organisme officiel reconnaissant les handicaps
physiques et psychiques, décidant de placer les personnes selon leur
handicap dans différentes catégories A, B, C, leur permettant soit
d’avoir une rente d’invalidité soit d’être placé en milieu de travail
ordinaire, des avantages fiscaux étant octroyés aux entreprises, soit en
milieu protégé CAT (centre d’aide par le travail).
C. a déjà commencé une formation sur l’association C le 13 juillet 2001
avec le projet de cuisinier, il en sort le 18 septembre 2001 sans aucun
projet professionnel. Il sort de la plateforme pour motif médical avec
l’indication « inapte au travail » Sa reconnaissance COTOREP reconnaît
une incapacité à 80% en ajoutant « la commission ne vous a pas reconnu
inapte à tout emploi ».
Avec cette reconnaissance très imprécise C. a beaucoup de difficultés à
trouver un emploi.
Après un premier entretien C. intègre la formation le 24 septembre2002,
il est resté un an sans rien faire. La mobilisation sur projet durant
six mois, il lui reste quatre mois et demi pour trouver une solution. Il
a été également suivi par un autre organisme « O 91 » qui s’occupe de
l’insertion des handicapés et qui malgré une demande de réévaluation de
son handicap n’a pu aboutir.
Une évaluation en date d’avril 2002 nous indique que C. a une grande
envie de se former et de travailler. Elle insiste sur la « logique
personnelle de C., ses raisonnements peu accessibles qui ne permettent
pas une évaluation en terme de personnalité.
Ma connaissance de C. m’a permis de préciser quelques lignes de son
style de vie :
Adaptation :
C. a peu de facultés d’adaptation mais fait tout son possible avec
beaucoup de bonne volonté, de tendance obsessionnelle, est très sécurisé
par le cadre accueillant et ferme le valorisant.
Agressivité :
Très canalisée dans un sens utile s’il n’est pas trop angoissé sinon
pourrait passer à l’acte. C. a fait seul ses démarches de recherche de
stage pratique en entreprise, il a réussi à avoir des rendez-vous.
Ambivalence : très forte, peut passer rapidement sur des registres
totalement opposés (amour- haine). Est excessif lorsqu’il n’arrive pas à
assumer les buts qu’il juge réalisables.
Hypersensibilité :
C. se sent blessé et veut être comme les autres, très sensible à la
moquerie. Grande crainte par rapport à son avenir. Il peut exploser ou
rester dans le mutisme.
Mensonge vital :
Trouve toujours des prétextes à ses échecs, accuse souvent les autres.
Ce comportement va diminuer au fur et à mesure de la reconnaissance de
son handicap.
Attitude hésitante :
Compensée par une grande assurance, agit comme un bulldozer lorsqu’il a
décidé. Son argumentation est parfois incohérente.
Infériorité :
Sentiment étrange de déni d’infériorité. Sur la défensive ne cherche pas
à entrer dans le point de vue de l’autre.
Compensation :
A du mal à compenser son complexe d’infériorité qui doit le mettre trop
en danger. Il refuse ses difficultés. Peut être explosif, voir violent.
Dépréciation des autres :
Cherche à se valoriser en critiquant les jeunes autour de lui ou ses
collègues de travail. Affirme qu’il est très compétent et que ce sont
les autres qui font mal leur travail, qu’on lui manque de respect.
Distance :
N’à pas toujours le sens de la réalité, s’enferme dans un certain
mutisme.
Lorsqu’il parle de lui il dit qu’il est tout à fait prêt à rendre
service, sûr de lui, calme, coopératif.
Il est plus ou moins habile de ses mains, persuasif, curieux, attentif
aux autres, indépendant.
Il est un peu logique, original, ambitieux.
Il n’est pas du tout réaliste.
A l’entrée en formation son grand désir de travailler lui fait dire :
« Je suis comme tout le monde, je suis compétent, je vais travailler
dans la restauration et vous devez le reconnaître ».
Une première période
a permis à C. de se poser, il a suivi régulièrement la formation en
participant aux activités et en étant rémunéré. C. a besoin d’un regard
bienveillant et sécurisant. Protégé par sa maman, son père ne veut pas
reconnaître son handicap et le considère comme inutile puisqu’il ne
travaille pas.
Entré en formation, le fait de toucher un salaire le valorise aux yeux
sa famille. Pendant la seconde période, il va se confronter à la
réalité du monde du travail au travers de stages pratiques chez un
professionnel.
Il obtient un premier rendez-vous dans un restaurant gastronomique en
rencontrant le chef, le second rendez-vous avec la directrice n’est pas
concluant, un peu au dessus de ses moyens. Le travail en batterie exige
compréhension rapide, grande discipline, qualités incompatibles avec le
profile de C. L’évaluation de l’entretien permet de faire comprendre à
C. qu’il a choisi un travail au dessus de ses moyens et qu’un
réajustement est nécessaire.
Quelques temps après, il a un entretien avec le responsable de « Léon de
Bruxelles ». Il refuse car il pense qu’on ne l’a pas bien reçu. Je
soupçonne qu’il s’est senti très en insécurité.
Un dernier stage est trouvé à « la résidence du chemin vert » à Draveil,
pour personnes âgées. Il va rester trois semaines. Il est en confiance
avec la responsable des cuisines. Elle part en congé et le lendemain C.
est incorrect avec la responsable de secteur de passage dans la
structure et ne s’entend pas avec un de ses collègues. Il interrompt
son stage deux jours avant.
L’évaluation du stage fait apparaître que C. a besoin d’être encadré par
une personne en qui il a confiance, qu’il a pris son travail cœur, a
été assidu, qu’il est lent et a besoin d’être stimulé. Cette évaluation
est positivée par la responsable compte tenu des craintes de
représailles vis-à-vis de l’institution.
A sa sortie de formation un bilan a été fait avec madame P. très
angoissée de n’avoir pas trouvé de solution pour C. Je décide de
faire le courrier suivant, décidant de mettre la COTOREP en face de
ses responsabilités.
Association X
Adresse Madame V…
Mission locale
Avenue Maurice Thorez
91000 SEINE
Madame V… ,
Lors de notre dernier entretien concernant la suite possible du parcours
de C…, je t’ai fait part des difficultés qu’il rencontre en entreprise.
En effet C… a tout d’abord cherché plusieurs stages qui lui ont été
refusés, il en a trouvé un ensuite à « Léon de Bruxelles » qu’il a tenu
une journée, n’aimant pas être commandé brusquement.
Le stage à « la résidence du chemin vert » à Draveil a tenu trois
semaines lorsque la responsable était là et qu’elle a su le canaliser,
le dernier jour alors qu’elle était absente il y a eu un incident qui
aurait pu mal tourner.
Compte tenu des évaluations que nous avons eu avec C…, il ne nous semble
pas possible qu’il puisse travailler en milieu de travail normal.
Nous pensons qu’un travail en milieu protégé serait plus indiqué.
En effet, ce jeune est de plus en plus angoissé devant les difficultés
qu’il a à trouver sa place et il est possible qu’à long terme il puisse
avoir un comportement de type passage à l’acte.
Il me semble important d’avertir la COTOREP de cet état de chose, elle
prendra alors ses responsabilités, C… semblant avoir plus que le seul
handicap de son doigt.
Nous tentons de trouver un stage pour le moment.
Je te prie d’agréer, V… mes salutations distinguées
Yannick LE JAN
Quelques temps après C. a manqué de passer à l’acte à la mission locale
et a créé une petite frayeur à la mission RMI (revenu minimum
d’insertion), ne pouvant avoir d’allocation avant ses 25 ans.
Il vient d’être reconnu COTOREP et pourra entrer en CAT (centre d’aide
par le travail).
Maison de CACHAN La vie au grand air.
Travail de co-éducation : mis en place en 1986. La répétition n’est pas
une fatalité.
La politique sociale des années 80 en France préconisait de sortir les
enfants d’un milieu pathogène et mettait les enfants en face d’une
double fidélité impossible. On appelait ces enfants « enfants miettes ».
Le rapport Bianco-Lami en 1980 a pointé l’insatisfaction des services
éducatifs de mettre parents et éducateurs en opposition ; ces derniers
ayant un statut de référent, désirant faciliter la responsabilité
parentale.
Un travail de co-éducation a été mis en place avec des réunions de
famille avec la présence du père, de la mère, de l’enfant et
de l’équipe éducative (composée de l’éducateur référent, de l’assistante
maternelle, d’un cadre et de la psychologue. Le but étant de ne pas
mettre le doigt là où cela fait mal, s’imprégner des valeurs familiales
afin de mieux comprendre le jeune.
Les parents
sont reçus régulièrement pour parler de l’enfant par l’équipe qui espère
ainsi pouvoir être accueillie par les parents. Le jeune peut ainsi
découvrir dans un climat sécurisé des moments de son histoire
personnelle. Le retour des parents est qu’ils se sentent accueillis, non
culpabilisés, étayés, objets d’une curiosité bienveillante, heureux
d’être écoutés ailleurs que dans le quotidien.
La réflexion de l’équipe avant la mise en place de ce travail collectif
avec l’ensemble des parents et des jeunes a fait émerger la peur face à
la problématique des familles.
Les règles suivantes ont été établies :
Ne pas exposer son histoire personnelle pendant la réunion des adultes
(parents, équipe éducative).
En réunion de famille, on peut aller un peu plus loin.
Les enfants ont des réunions ensemble sans les parents, ils participent
au conseil de la vie sociale.
Favoriser l’agir ensemble entre parents et enfants.
L’émergence d’un "gemenschaftgefül ":
Un "geselshaft" s’est mis en place progressivement : régularité des
réunions, prise de responsabilités, amélioration du règlement,
nomination de délégués des parents, tuteurs.
Le sentiment communautaire a permis de voir les parents sous des
facettes inconnues et valorisantes. L’émotion de participer à un travail
concret positif a pu être partagée Un sentiment égalitaire partagé entre
parents et éducateurs a vu le jour facilitant la collaboration.
La découverte d’un espace où le contre don n’est pas l’effet d’un
calcul, la dette créant le lien social par effet de réciprocité.
Ces deux exemples montrent l’intérêt d’expérimenter le "gemenschaftgëful"
dans la vie de tous les jours. Je pense que c’est un remède miracle, un
baume adoucissant les rigueurs de l’individualisme et une aide à la
créativité.

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